Vendredi 13 novembre 2009
Je ne critique pas souvent dans le détail, à part les "j'aime" ou "j'aime pas " vaguement argumentés - souvent d'ailleurs je passe les "j'aime pas" à la trappe pour ne pas faire de peine aux copains, je ne suis pas critique, je suis éditeur. J'aime bien chatouiller - pas toujours gentiment-  les potes sur la politique, mais la critique, c'est autre chose, je ne touche pas aux sensibilités d'auteurs en général, choses fragiles s'il en est.

Ceci étant on a tellement parlé partout dans le milieu de la SF de l'anthologie Retour sur l'horizon dirigée par Serge Lehman et publiée dans la collection Lune d'Encre chez Denoël, que je vais faire une exception. Cette antho célèbre à la fois les 10 ans de la prestigieuse collection dirigée par Gilles Dumay et les cent ans de la SF française, lorsqu’elle fut définie par Maurice Renard. Elle se veut un état des lieux progressif - à comparer avec la précédente anthologie du même, Escales sur l'Horizon, publiée elle aussi il y a dix ans - des plumes anciennes et nouvelles de cette littérature de genre. Selon le choix de l'anthologiste, elle fait une place à une SF qui lorgne vers le transgenre et il souligne dans sa préface que nous sommes passés sans doute à autre chose, peut-être à une prise de conscience de ce que la SF serait le dernier terrain de jeu de la métaphysique littéraire. Il y a eu çà et là de nombreuses dissertations sur le sujet, je n'y reviendrai pas,  vous avez ailleurs de quoi satisfaire votre curiosité sur le sujet.

L'avantage des anthologies, c'est qu'on y trouve de tout, et pour tous les goûts. Lorsqu'on est confronté à un ouvrage comme celui-là, c'est encore plus facile, la qualité générale des textes étant telle que seul les goûts, les affinités et les sensibilités de chacun vont faire la différence d'une nouvelle à l'autre. Je vous livre donc ici beaucoup de moi-même, bien plus qu'une réelle critique distanciée et factuelle.

Commençons donc par le commencement :

Ce qui reste du réel/Effondrement d'un univers partiel en deux jours
Une double nouvelle en miroir, signée Fabrice Colin/Emmanuel Werner (et qui est une comme ils sont un) nous parle apparemment de guerre et d'androïdes, et de la tête de Philip K. Dick. C'est l'essentiel de la partie "Werner" en effet. Qui est assez saisissante, mais à mon goût bien moins que la partie "Colin" qui elle parle du vertige de l'écrivain devant ses créations. Et cette première partie là, je la trouve bel et bien vertigineuse : elle est d'un fantastique subtil et pervers, qui occupe un pan de réalité où il n'a rien à faire, et s'insinue dans le réel avec une méchanceté qui déstabilise autant l'auteur que le lecteur. Un vrai régal pour les amateurs du genre, dont je suis passionnément. Voilà que je célèbre, Fabrice ne sera pas content...

Tertiaire
On a déjà beaucoup parlé de la nouvelle d'Eric Holstein, dans Le Monde ou sur France Inter il y a deux jours à l'heure où j'écris cette page. Elle parle en effet d'un thème aujourd'hui fort prisé, soit les malheurs du trader qui se plante, demain comme aujourd'hui, et d'une société où la consommation devient, plus qu'un art de vivre, une fin en soi. C'est malin, c'est assez drôle assurément et fort agréable à lire. Mais j'y trouve un peu trop l'écho d'un sujet à la mode et déjà bien traité en blanche (ce qu'on nomme littérature générale par ailleurs) pour en être vraiment saisie et mettre les superlatifs qui vont avec.

Une Fatwa de mousse de tramway
Je suis très fan de Catherine Dufour, on ne sera donc pas surpris que je m'y sois régalée. Là encore c'est l'humour qui entraine la machine et sur un thème d'autant plus sinistre qu'il frôle de très près le réel  (voire, d'après l'auteur, y patauge allègrement) : ne sommes-nous pas inconséquents de faire confiance à nos centrales nucléaires, alors même qu'elles sont, comme tout aujourd'hui, le résultat d'une économie du profit ? C'est vif et alerte, et le fond de la nouvelle parle à ma fibre politique avec plus de force encore que la précédente. Une de mes préférées.

Les Feurs de Troie
Les nouvelles sont l'expression la plus élégante de l'écriture de Jean-Claude Dunyach et l'on ne sera pas déçu ici, une fois encore. Ce grand novelliste a le sens du décor et de la poésie, et son histoire de prospecteurs de l'espace confrontés à l'incompréhension d'un monde qui se déshumanise et se heurtent à l'inconnu avec autant de violence que de fascination est à la hauteur. Petit reproche : comme il le signale dès le départ, il a écrit ce texte pour lui-même ; parfois on a presque l'impression qu'il nous oublie. Mais la fin est juste magnifique et on lui pardonne volontiers son petit accès d'égoïsme.

Pirate
Nouvellement débarquée dans le paysage du genre, Maheva Stephan-Bugni  nous entraîne dans un univers très kafkaïen pour une courte nouvelle au ton agréable, mais qui ne mène pas à grand chose. Il y a de l'écriture, mais le fond ne semble qu'hommage au grand homme sans porter un propos personnel et la nouvelle en souffre.

Trois singes
Changement de voix radical chez Laurent Kloetzer : la SF se fait espionnage et barbouzerie, manipulation et extorsion de renseignements. Comme un Ken Follet dans ses meilleurs moments. Mais pas forcément mieux non plus, agréable et efficace, donc, mais sans plus.

Lumière Noire
J'aime aussi beaucoup Thomas Day sous la casquette de novelliste. Sa nouvelle post-apocalyptique dénote largement du genre en y mêlant un autre grand classique de la SF : et si l'humanité ne pouvait être meilleure que prise en charge par plus grand qu'elle ? C'est diablement efficace, là aussi, et glaçant. Tellement efficace et glaçant, malgré tout, que j'y ai cherché en vain un peu de tendre humanité, et, finalement un peu choupette que je suis, j'en suis sortie très détachée. Admirative, mais détachée.

Temps Mort
André Ruellan est un grand ancien de la SF française, et a nous offert de nombreux textes dont certains ont marqué le genre sans le moindre conteste. C'est pourtant la première nouvelle que je n'ai pas aimé dans le recueil. Une plongée rapide (quelques pages) dans les fantasmes d'un homme mourant. Je connais bien la camarde et je suis sensible à son évocation, mais là, je me suis agacée de la grandiloquence qui efface mortellement (c'est le cas de...) le sublime. Et c'est affreusement bancal pour couronner le tout.

Les Trois livres qu'Absalom Nathan n'écrira jamais
Léo Henry joue à son tour avec la nature de l'écrivain et les douleurs de la création. Et si on pouvait aller chercher les histoires directement dans la tête de leur auteur ? Est-ce qu'elles lui appartiennent encore ? Est-ce qu'on peut les forcer à vivre sans, voire contre la volonté de leur créateur ? C'est intelligent et ludique, malgré l'esprit désabusé et plutôt cynique du jeu où nous entraîne Henry. Une très bonne nouvelle aussi, donc.

Penchés sur le berceau des géants
Déjà remarqué pour son travail assez exceptionnel sur l'écriture, l'autre nouveau venu, Daylon, était un peu attendu au coin du bois pour sa maîtrise du fond. Bingo. Si l'on excepte le vilain tour qu'il nous joue en laissant une fin si suspensive que c'en est agaçant, Daylon a tout bon. Un texte de pure SF, sur la rencontre de l'humanité avec l'Autre, un Autre-manne, corne d'abondance, peut être menacé par un autre Autre plus incompréhensible encore. Daylon traite avec une grande subtilité et une poignante mélancolie du rapport de l'homme à l'incompris, qu'il soit aimé ou craint. Sans conteste l'une de mes nouvelles préférées du recueil.

Dragonmarx
Philippe Curval, autre grand ancien qui fut tant aimé, autre plantage magistral. Il est question ici de communisme, de reconversion, de magie aussi. Si le début de la nouvelle m'a fait un moment espérer de ne pas être en accord avec les échos glanés ici et là sur ce texte - évocation forte et élégante d'une décrépitude idéologique et industrielle - on sombre bien vite dans le baroque lourdingue et démonstratif. Plus d'élégance, rien que du pesant.

Terre de Fraye
Jérôme Noirez est un autre de mes auteurs de cœur, pour sa virtuosité à mêler intimement le désastre et le rire, et cette nouvelle n'échappe pas à son talent. Une Terre envahie par les eaux d'un autre monde, des créatures marines à la fois monstrueuses et fascinantes, des personnages sur le fil du rasoir, aussi sublimes que pathétiques, et une histoire d'amour pas si impossible qu'il y parait. Sans être mon texte préféré de Noirez (une ou deux petites longueurs, peut être) elle reste un vrai régal et transpire d'humanité.

Je vous prends tous un par un
David Calvo est souvent très apprécié mais c'était ma première rencontre avec cet auteur de la nouvelle génération des quadra de la SF transfictionnelle. Rencontre carrément ratée. J'ai tellement détesté son écriture, que j'ai trouvée sans harmonie ni souplesse, ne faisant que me heurter là où, j'imagine, il souhaitait saisir, que j'ai carrément été incapable d'aller au-delà des deux premières pages. Je n'en dirai donc pas plus.

Hilbert Hôtel
Autre auteur que j'aime particulièrement, Xavier Mauméjean me surprend toujours et va me chercher pour des ballades auxquelles je ne m'attends pas. Sans aimer tous ses textes inconditionnellement, je ne suis jamais déçue du voyage. Cette fois, à mon grand bonheur, c'est un bingo sans réserve aucune. Le monde est un grand hôtel et l'un de ses réceptionnistes y prend ses fonctions. Galerie de portraits, loufoques, décalés, toujours réjouissants, le purgatoire de l'Hilbert Hôtel ne laisse jamais indifférent. C'est méchant avec tendresse, c'est une humanité au cœur d'un monde déshumanisé, un bel hommage à notre espèce qui trouve toujours moyen d'être elle-même jusque dans l'absurdité.

En résumé ? Retour sur l'Horizon n'est peut être pas LA grande anthologie dont rêvaient les amateurs de SF, mais c'est une très belle anthologie littéraire. Une chose est sûre, elle vaut le détour, et l'on ne regrette pas d'y avoir plongé. Par les temps qui courent, rien que ça, c'est une belle réussite.
Par Journal d'une femme de chambre - Publié dans : Le monde des livres est bien cruel... - Communauté : Edition : ce qu'il faut savoir
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Lundi 2 novembre 2009
Et même, j'y étais.

C'est quoi, les Utopiales ? diront bien quelques égarés, innocents qu'ils sont, pauvres d'eux qui n'appartiennent pas au 1% de lecteurs passionnés de Science Fiction de Fantastique et de Fantasy... (ce qui, si j'en juge par les dernières enquêtes officielles sur la lecture en France, doit tout de même représenter l'équivalent de l'entière population de la communauté de commune Cévennes Gangeoises, à trois ou quatre hameaux près...)

Les Utopiales, ce sont quatre jours de douce folie nantaise entièrement consacrés aux trois littératures de genre désignées plus haut, une cité des congrès envahie par les stands les plus bizzares - on y trouve des livres, certes, mais aussi des trucs et des machins que seuls de parfaits geeks sont capables de définir avec précision, ainsi que d'autres trucs et machins que seuls de parfaits connaisseurs de la culture japonaise ont une chance d'identifier. Il y a aussi de jolies choses accrochées aux murs, et cette année, un bidule qui avait l'air de vouloir être un robot de récup. Moche accessoirement, mais cela n'engage que mon avis d'esthète...

Et puis des gens. Il semble que l'édition 2009 aura été un rendez-vous réussi : "Tout le monde est là" fut le motto le plus souvent entendu au cours de ces journées. Ce qui signifie, dans ces circonstances, que les auteurs les plus en vue du moment - et quelques grands anciens comme Philippe Curval - avaient fait le déplacement. Et que le bar de Madame Spock (si si, authentique, mais ça manquait quand même de Vulcains à mon goût) ne désemplissait pas et qu'on se battait pour les fauteuils. Parce que c'est quand même ce qui distingue ce genre de raout des habituels salons du livre où vous ne verrez votre auteur préféré que derrière une table de signature avec cinquante pékins derrière pour vous pincer les fesses quand vous prenez vos aises à vouloir causer avec l'idole au lieu de virer vite fait pour laisser la place au suivant. Aux Utopiales, vous aurez l'opportunité de l'aborder dans une demi douzaine d'endroits différents. A vous de polir votre cerveau pour réussir à sortir les quelques mots qui vous vaudront un sourire, une réponse, et une chance d'entamer la discussion.

Ceci étant, soyons réalistes : "tout le monde est là", ça veut aussi dire "tous les copains sont là". Et que l'on a que quelques jours pour réussir à voir et bizouiller tous ceux qu'on aime, leur offrir un pot ou s'en faire offrir un, accessoirement pour rencontrer ceux qu'on a pas encore eu l'occasion de croiser ailleurs que sur le net. J'ai, quant à moi, réussi à rater encore du monde, et quant à causer sérieusement boulot avec les uns et les autres, ça reste relativement illusoire. On a à peine le temps d'évoquer quelques pistes à venir, et de se promettre d'en reparler à la première occase. Surtout si, comme dans mon cas, on a une réticence certaine pour l'officiel - les cocktails en particulier, je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais en ce qui me concerne, le mot même de cocktail évoque le double inconfort, celui, physique, qui vous oblige à rester deux heures debout à avaler de mauvais petits fours alors que vous avez déjà une bonne journée dans les pattes, et celui, affectif, qui consiste à surveiller ses manières et à jouer les élégances quand on préfère dire des bêtises avec les potes, assis par terre en fumant des clopes.

J'ai, ceci dit, usé et abusé de cette dernière option. Rien que pour ça, ça valait le coup. Pas beaucoup dormi, certes, mais qu'est-ce qu'on a rigolé...

Côté officiel, je retiendrai volontiers de ma virée l'émotion de Stéphane Beauverger lorsqu'il a reçu le grand Prix de l'Imaginaire pour Le Déchronologue (mérité ! même si entre lui et le Liliputia de Xavier Mauméjean, mon coeur balançait ferme), le succès de l'excellente BD de Lehman, Colin et Gess, La Brigade Chimérique, celui des deux antologies érotiques (69 chez ActuSF et Chasseurs de Fantasmes chez Griffe d'Encre) présentées en commun à l'occasion, la colère de Sara McDoke contre le vague mépris accordé au prix Julia Verlanger pourtant joliment doté pour le gagnant (cette année, Michael J. Flynn pour Eifelheim) et le monde qui se pressait dans la salle pour la conférence sur Hadopi, emmenée avec verve humour et mauvais esprit par l'excellent Roland C. Wagner.

Mais chacun voit ses Utopiales à sa porte, et je ne saurais trop vous conseiller de chercher çà et là sur le net d'autres compte rendus de passionnés et de professionnels, qui vous diront sans doute bien d'autres choses encore. Vous finirez bien par vous en faire une idée...

En mai, les Imaginales. J'y trouverai encore grand plaisir, sans doute aucun.

Par Journal d'une femme de chambre - Publié dans : Le monde des livres est bien cruel... - Communauté : Edition : ce qu'il faut savoir
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Dimanche 25 octobre 2009
Pour faire plaisir à Daelph... Et à d'autres qui ont les yeux fragiles...

Par Journal d'une femme de chambre - Publié dans : Blablabla et à part ça, vous, ça va ?
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Dimanche 25 octobre 2009
Je vais faire hurler.

M'en fous, j'ai l'habitude.

Le bénévolat, c'est noble, c'est beau, mangez-en. Pour la plupart d'entre nous, le bénévolat est une invention de solidarité active, une certaine idée de la citoyenneté, pétrie de sentiments généreux et de belles envolées fraternelles. Je ne vais pas dire que c'est faux. D'ailleurs, j'en fais, du bénévolat, et plus souvent qu'à mon tour. J'ai milité en local dans des partis politiques, j'ai même été élue deux fois. Je fais de la radio sur ma radio locale. J'ai contré des projets détestestables et soutenu des associations citoyennes malmenées. Je dirige une école de musique qui compte 63 élèves et une dizaine de professeurs, seule capable d'assurer l'enseignement musical dans nos campagnes. Dans le cadre de mon métier, j'ai fait nombre d'interventions pour lesquelles je n'ai pas été payée, j'ai parfois même refusé de l'être lorsque le contexte correspondait à ma vision militante de la chose.

Ouf. N'en jetons plus, la cour est pleine.

Ouais, ben justement, il est là le problème. La cour et pleine, elle déborde et d'aucuns s'en frottent les mains.

Le bénévolat est en train de devenir un piège politique à grande échelle. Pour deux raisons.

La première est la plus évidente : plus il y a de bénévoles sur le terrain de la solidarité active, et moins l'Etat considère avoir besoin d'investir. On peut le constater : en matière de santé publique, d'alphabétisation ou d'accès à la culture, tout ce qui relève donc de l'Etat selon des conceptions keynesiennes et redistributives de l'économie, et pas du tout selon les conceptions libérales (je rappelle aux distraits que pour les libéraux de l'économie, seules la défense du territoire, la sécurité et la justice devraient être de ses prérogatives) ce sont de plus en plus les fonds privés et les bénévoles qui remplacent l'engagement de l'Etat lorsque les besoins se font sentir. On libéralise donc par le soutien même des engagements bénévoles qui se substituent généreusement aux politiques. et accessoirement, on reforce le sentiment que les services publics ne sont pas à la hauteur de leur tâche, distillant insidieusement l'idée corollaire qu'on pourrait aussi bien s'en passer...

La seconde est encore plus vicelarde : il est connu que les engagements citoyens sont majoritairement (pas unaniment, certes, mais majoritairement) le fait de la frange la plus engagée de nos populations. Or à force de disperser nos énergies, de solliciter notre investissement personnel sur tous les terrains, on nous épuise. Et en nous épuisant, on nous musèle. Ce qui m'a fait réagir aujourd'hui, c'est la multiplication des affaires scandaleuses liées aux expulsions d'immigrés, souvent non seulement insupportables par leur refus de prendre encompte des facteurs de solidarité fondamentaux, comme l'impossibilité de renvoyer un clandestin dans un pays en guerre où il risque sa vie, mais aussi par la forme - les cas se multiplient où la police, en mal de quotas, s'assoit carrément sur le droit pour ramener manu militari des sans-papiers à l'aéroport.

Devant ces situations-là, on devrait tous, nous qui avons l'âme citoyenne et bénévole, être aujourd'hui à militer à la CIMADE, par exemple. Sauf qu'on est déjà ailleurs. Aux Restos du coeur, à Médecins sans frontières, à l'ADMR, au Secours Populaire, à Reporter sans frontières, à Amnesty internationnale, au Téléthon, à nos associations locales nombreuses et variées. Et qu'on ne peut pas tout faire. Alors on râle, oui. Mais on ne fait plus. Et qui s'en frotte les mains, mes chers, je vous le demande ? Qui se réjouit de pouvoir poursuivre une politique qu'on a beau jeu dès lors de considérer comme approuvée par la majorité silencieuse, puisque la minorité qui agit contre n'est plus en effet, qu'une minorité de courageux pas débordée par ailleurs ?

Le bénévolat est en train de se retourner contre ses propres valeurs solidaires. Et c'est l'un des pires danger que je vois pointer pour les idées citoyennes aujourd'hui, parce qu'il renforce le sentiment d'impuissance, la lassitude, et l'idée fondamentalement dangeureuse qu'on ne peut rien faire.


J'ajouterai, mais là, on est dans la morale et non plus dans la politique, que le bénévolat frôle de plus en plus souvent la charité publique. Et la charité, c'est le contraire du principe de l'état redistributif : c'est faire le choix des "méritants" à qui on pourrait donner, et ce choix est toujours un choix moraliste. A mes yeux, insupportable.
Par Journal d'une femme de chambre - Publié dans : La politique pour les nuls (j'aurais du m'abonner) - Communauté : VUES DE GAUCHE
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Mardi 24 février 2009

Reprenons.


Vous regardez votre roman, il vous regarde, il vous supplie de considérer qu'il pourrait être un chef-d'œuvre, il vous susurre qu'un éditeur pourrait lui trouver des qualités dignes de le faire figurer au top des ventes, classement Livre Hebdo.


Bon, vous avez pigé le truc, vous optez sereinement pour l'édition à compte d'éditeur.


Et là, paf, vous faites le neuneu, vous vous ruinez en exemplaires photocopiés/reliés et en timbres et vous balancez la pauvre bête à tous les éditeurs qui figurent dans votre bibliothèque, section « Ah, ça, c'était bien comme roman ! »


Vous êtes si riche que ça, dites-moi ? Vous avez du temps à perdre, c'est ça ?


Pire. Vous croyez qu'un éditeur à qui vous faites perdre son temps va tout d'un coup décider que sa politique éditoriale, face à votre bijou, il s'en tape, et la balancera par-dessus les moulins pour vos beaux yeux ?


Naïf que vous êtes...


Si votre livre ne correspond pas à sa politique éditoriale, il en lira le résumé, s'il y en a un, ou les trois premières pages, et le collera direct à la poubelle en vous maudissant jusqu'à la quinzième génération. Il a autre chose à faire que de s'intéresser au travail de quelqu'un qui n'a même pas pris la peine de s'intéresser au sien.


Faites preuve d'un peu de respect pour les éditeurs. Commencez par vérifier en librairie, en bibliothèque, s'il a une collection dans laquelle votre ouvrage aurait une chance de s'inscrire. Si ce n'est pas le cas, abstenez-vous. Ciblez. Trois manuscrits bien placés valent mieux que cinquante balancés à tous les vents.


Ah, et vérifiez, quand même, si l'éditeur n'accepte pas les manuscrits en format numérique. Si oui, il les préférera sûrement à la version papier, et vous, vous y gagnerez quelque sous.



Prochain épisode : Et les petits éditeurs, alors ?


Par Journal d'une femme de chambre - Publié dans : Le monde des livres est bien cruel... - Communauté : Edition : ce qu'il faut savoir
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